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Cap à Lure

Suite à maintes annulations dues à une gestion de crise sanitaire plus que discutable, ‬le trail de Haute Provence va pouvoir enfin avoir lieu à Forcalquier‭ (‬village pittoresque et touristique de haute Provence‭)‬.‭ ‬Repoussé trois fois ‭; ‬il est tenu en temps normal vers l’Ascension où la météo est sans doute un peu plus orientée chaleur et soleil.‭ ‬C’est très complet avec une multitude de courses allant du‭ ‬8‭ ‬kilomètres au‭ ‬150‭ ‬de l’ultra de Provence.‭ ‬Initialement inscrit en‭ ‬2020‭ ‬sur le‭ ‬44‭ ‬à l’occasion de la sortie club ‭; ‬j’ai fini par basculer sur le‭ ‬80‭ ‬cap à Lure ainsi nommé.‭
Le weekend commence bien.‭ ‬J’ai loué par airbnb un appartement dans la vieille ville se situant à‭ ‬300‭ ‬mètres du départ accompagné de ma femme et de mon fils venus me faire l’assistance à mi-course.‭ ‬Arrivé le vendredi je croise Ariane venu récupérer son dossard pour le‭ ‬44‭ ‬qui ira directement se poster à Lardiers pour éviter de prendre les navettes ‭; ‬la course n’ayant pas pour point de départ Forcalquier.‭ ‬Au retrait des dossards je croise Sabine et son binôme motivés aussi pour le‭ ‬44.‭ ‬Pas de contrôle de sacs au retrait du dossard et l’organisation pas vraiment inquiète sur les prévisions météo annonçant des rafales de vent à plus de‭ ‬100‭ ‬km/h, de la pluie et une température proche de‭ ‬0‭ ‬au sommet de la Lure‭ (‬1800‭ ‬m d’altitude).‭ ‬Je reste prudent et j'embarque couche chaude, ‬manteau imperméable et gants étanches dans mon sac.

Arrive le jour J ‭; ‬je retrouve les autres Jcpiens inscrits sur le‭ ‬80 :‭ ‬Alexandre,‭ ‬Philippe T et Baptiste ainsi que Philippe S venu faire l’assistance pour Alexandre.‭ 

Après la séance photo officielle pour le blog on se place dans le sas de départ.‭ ‬Il y a un peu plus de‭ ‬300‭ ‬partants sur cette distance ‭; ‬l’ultra de Provence étant parti‭ ‬1‭ ‬heure avant.‭ ‬Je me fais traiter de chat noir avec mes prévisions météo au moment où commence à tomber les premières gouttes de pluie.‭ ‬Le briefing commence et l’annonce officielle c’est qu’il risque de pleuvoir sur les crêtes mais rien d’alarmant soi-disant‭…‬.

Le départ est donné à‭ ‬6‭ ‬heures pétantes et ça part comme d’habitude à fond pour beaucoup.‭ ‬Je laisse partir Phil et Baptiste, ils vont trop vite pour moi en plus c’est plutôt montant pour sortir du patelin.‭ ‬A la sortie on voit les frontales dans le fond d’une vallée, je prends mon rythme afin de pouvoir arriver avec relativement de fraicheur à la mi-course.‭ ‬Les bosses s’enchainent et la pluie commence à s’intensifier dans le noir le plus complet.‭ ‬Les singles commencent à devenir gras.‭ ‬Une bonne bosse pour nous emmener sur un plateau où ma vitesse de croisière me permet de doubler pas mal de monde.‭ ‬Le jour enfin levé je range la frontale.‭ ‬Le chemin est large sur le plateau et légèrement montant jusqu‭’ ‬au‭ ‬20‭‬ème kilomètre pour prendre la fameuse descente avant Lardiers où se situe le premier ravito.‭ ‬Ce n’est pas une descente c’est carrément un mur doublé d’un pierrier boueux.‭ ‬Comme d’habitude pas mal de monde suit la mode du minimalisme et sont équipés de chaussure dites‭ «‬ lyte‭ «‬ légères mais sans accroches.‭ ‬Je regrette bien d’avoir critiqué Asics mais mes Trabucco‭ ‬9‭ ‬ne m’ont pas fait défaut alors que je doublais tous ces nazes en train de glisser sur le cul.

Premier ravito je retrouve Phil S et je décide de passer ma couche chaude; ‬il y a du vent et la pluie est froide.‭ 

Il m’annonce que Phil T et Baptiste sont‭ ‬20‭ ‬minutes devant.‭ ‬Je mange bien malgré avoir déjà pris une compote et une barre dans les‭ ‬20‭ ‬premiers kilomètres mais je ne me ferais plus avoir avec l’alimentation‭; ‬mieux vaut trop que pas assez.‭ ‬A peine sorti du ravito je fais un kilomètre mais le froid est bien là et le vent s’intensifie beaucoup.‭ ‬Je préfère m’arrêter direct et j’enfile mes gants‭ «‬ étanches ‭»‬. On attaque la difficulté de la course, ‬la montée interminable jusqu‭’‬au somment de la montagne de Lure et ses magnifiques‭ ‬8‭ ‬kilomètres de crêtes avec vue à couper le souffle‭. La montée est monotone sur un chemin forestier large de‭ ‬10‭ ‬mètres avec une pente juste assez forte pour ne pas courir sur au moins‭ ‬8‭ ‬kilomètres.‭ ‬Le vent est puissant dès qu’on sort des arbres.‭ ‬Je vois certains concurrents complétement inconscient du danger ‭; ‬vêtus seulement d’un sac en plastique ou d’autres avec coupe-vent très fin et sans gants.‭ ‬Du grand n’importe quoi.‭ ‬A peine arrivé au niveau d’un poste forestier au sommet on redescend à pic dans un creux ou un contrôle est effectué avec un petit ravitaillement en eau nommé la Baisse de Malcort. Je bois une petite bouteille d’eau et déjà certains abandonneront en retrouvant un peu de lucidité.‭ ‬Alexandre redescendra à Lardiers ne voulant pas cumuler sa tendinite au genou avec des conditions climatiques extrêmes‭. Il a fait le bon choix je pense.

Pour sortir du trou la pente est très raide mais ce n’est pas le principal problème.Les crêtes sont devenus un traquenard pour les coureurs.‭ ‬Tellement le vent est puissant que si je lâche mes bâtons ils partent direct dans le ravin.‭ ‬On voit pas à‭ ‬10‭ ‬mètres, ‬les rubalises sont couchées au sol et le chemin n'est pas évident à trouver, j'essaye de pas finir dans le ravin mais grâce à mon équipement je ne souffre pas trop par rapport à certains.‭ ‬La pluie est cinglante‭; ‬impossible d’ouvrir les yeux avec le vent de face. ‬Je rattrape énormément de monde, j’avance bien malgré tout et je cours dès que le profil le permet.‭ ‬Je croise des gars dans le mal complet en train de trembler de tout leur corps.‭ ‬Je me dis à ce moment que l’organisation a merdé et qu’ils ont de la chance s'il n y a pas des morts.‭ ‬Le froid est mordant et mes gants étanches ont une limite apparemment‭‬. Dès que je ne cours plus j’ai froid aux mains alors j’imagine ceux qui n’en ont pas.‭ ‬L’apocalypse‭ … ‬J’arrive à un belvédère super exposé où, normal y a‭ ‬2‭ ‬bénévoles en ciré en train d’orienter les concurrents sur le‭ ‬80‭ ‬ou le‭ ‬150.‭ ‬Je leur dis que je préfère pas prendre de photos pour pouvoir garder les images directement dans ma tête. Je vois un panneau indiquant la station à‭ ‬1.5‭ ‬kilomètre mais ma montre me dit qu‭’il reste encore‭ ‬6‭ ‬kilomètres avant le ravito ‭; ‬c’est à cet endroit qu‭’‬ils aurait du détourner tout le monde, mais non, ‬ils ont laissé les gens grimper jusqu‭’aux antennes à‭ ‬1800‭ ‬m d’altitude.‭ ‬L’inconscience totale‭ …

Arrivé aux antennes je vois une fille venir à ma rencontre pour me demander si je voulais abandonner ‭! ‬Elle est bonne celle-là‭; ‬elle s’est trompé de bonhomme et je lui indique deux trois types en perdition.‭ ‬C’est la descente et je passe une route où d’un côté une bénévole agite une cloche en encourageant les fous et de l’autre une bénévole qui m’annonce qu’ils sont en train de réfléchir à arrêter la course.‭ ‬Maintenant que c’est trop tard ‭! ‬Je retrouve les sous-bois pour faire les‭ ‬3‭ ‬derniers kilomètres qui me séparent du ravito.‭ ‬C’est boueux et toujours des gens en galère avec leur équipement non adapté, ‬ce qui me fait bien sourire.‭ ‬Phil S m’attends à l’entrée de la station et m'annonce que tout le monde a abandonné ‭; ‬Phil et Baptiste ont joué les bons samaritains avec un moldave en détresse et les filles sur le‭ ‬44‭ ‬n’ont pas eu la force de repartir dans le froid.‭ ‬Bien sûr je vais créer le‭ ‬#moldaveendetresse qui ressortira pendant au moins‭ ‬10‭ ‬ans ‭; ‬le monde de la course est cruel‭…

Mission accomplie pour moi, je suis au‭ ‬44‭ème kilomètre et je suis bien frais, ‬déterminé à terminer cette orgie.‭ ‬Ma femme est présente avec mes affaires de rechange. Je change de couche chaude, ‬des gants secs et des chaussettes sèches mais je ne change pas de chaussures, au vu des performances de celle-ci je les garde jusqu‭’au bout.‭ ‬C’est le moment de redescendre il pleut toujours et de toute façon ça ne s’arrêtera plus jusqu‭’à la fin.‭ ‬La descente est douce à l’image de la montée mais avec de belles couleurs automnales.‭ ‬Vu le nombre d’abandons ‬je ne croise plus grand monde malgré que le parcours soit commun avec le‭ ‬44‭ ‬et les chemins sont devenus maintenant des torrents boueux.

Au ravitaillement de St Etienne les Orgues j’entends tous les sons de cloches : ‭"‬la course est arrêtée",  "ils basculent tout le monde sur le‭ ‬44‭ " etc‭…‬.‭ ‬Je repars un peu perplexe, de toute façon il reste‭ ‬25‭ ‬kilomètres et le temps est supportable.‭ ‬Malgré tout l’organisation décide de couper une boucle de‭ ‬10‭ ‬kilomètres en prétextant un chemin de repli mais un repli pourquoi ‭? ‬On ne le saura jamais.‭ ‬Un repli sur les crêtes aurait été plus judicieux alors que là on me vole‭ ‬10‭ ‬bornes sans raisons.‭ ‬De toute façon je n’ai pas le choix et je continue en continuant à doubler des concurrents du‭ ‬80‭ ‬et du‭ ‬44.‭

A‭ ‬Fontienne,‭ ‬le parcours devient commun avec le‭ ‬15‭ ‬et le‭ ‬27‭ ‬kilomètre et il reste‭ ‬7‭ ‬km. Du coup il y a pas mal de monde sur les chemins et je double en pagaille en prenant bien soin d’éclabousser les gens en passant à coté d'eux.‭ ‬Une dernière bosse et un dernier trou pour franchir l’arrivée en compagnie de mon fils.‭ 

Je finis en‭ ‬10h26‭ ‬et prends une pénalité de‭ ‬105‭ ‬minutes pour le parcours raccourci.‭ ‬Je l’ai un peu mauvaise car le raccourci était inutile et j’étais dans les temps de‭ ‬12h30‭ ‬que je m’étais fixé.‭ ‬Je sais que ce n’est pas simple d’être organisateur mais là ils ont vraiment merdé.‭ ‬Content tout de même d’avoir fini malgré une météo apocalyptique et qui sait, peut-être un jour sur les‭ ‬150‭ ‬mais au printemps bien sûr.

Stéphane

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